[ _société_10avr07 ]

Non, non et non. O. n'a aucun avis sur la question. Lui, petit commis d’une société française n’y comprend absolument rien aux flux migratoires. Alors, aux personnes qui sollicitent les passants devant l'école de ses enfants pour recueillir des signatures contre l'expulsion des gamins scolarisés, il préfère esquiver d'un "c’est compliqué", mais pense en son for intérieur "occupez-vous de vos affaires". Le matin suivant, pourtant, il s'est empressé de signer la pétition sans qu'on ne lui demande rien. Une explication à cela. Une question triviale de la plus jeune de ses filles l'a gardé éveillé toute la nuit : "Papa, c'est loin l'Afrique?"

[ _sport_27mar07 ]


La personne néophyte aura vite compris que la célébration du but marqué est un rituel très populaire en football. Chez nous comme sur les plus grands stades du monde. Nos buteurs redoublent d'imagination à chaque occasion qui se présente. On a déjà vu des maillots retirés en plein hiver, des glissades sur les genoux sur un terrain pelé, des embrassades sur la bouche. A croire qu'ils suivent un entraînement spécifique. S. qui vient d'aggraver le score ce jour, enchaîne une série de sauts périlleux avant/arrière pour manifester sa joie. Nous le félicitons comme il se doit pour son but marqué. Peu de temps après, c'est à mon tour de creuser l'écart grâce à une tête au premier poteau, événement rarissime pour le défenseur que je suis. On m'a rapporté bien plus tard que j'ai couru comme un fou, les 2 bras levés au ciel et que j'ai crié très fort.

Extrait de "l'équipe réserve", de B. Sion et O. Forcet

[ _politique_21mar07 ]

Lorsque Bertrand allume son ordinateur, Nicolas S. - le nom a été volontairement tronqué - surgit plein écran. Au cas où on n'aurait pas compris pour qui il voterait à la prochaine élection présidentielle, il a pris soin d'accrocher un pins à l'effigie de son candidat au revers de son veston. Ce soutien actif lui vaut parfois des quolibets et des empoignades verbales très fortes. Mais Bertrand assume. Et chaque fois qu'il le peut, il tente de susciter le débat d'idées, parce que dit-il, en présence d'arguments irréfutables, les gens se rendent très vite à l'évidence que Nicolas S. est LA solution pour redresser le pays.
Et s'il n'est pas élu?
Le pire est à envisager.
Le pire?

[ _voyage_19mar07 ]

Leo est chauffeur de taxi, Victor est agent immobilier, Cherry s'occupe de l'installation des nouveaux immigrants. En fait pas exactement. Je ne conteste pas leurs qualités professionnelles, il n'y a absolument rien à redire, ils sont d'ailleurs réputés pour être très sérieux de ce côté là. Non, c'est juste que ce n'est pas leurs vrais noms. En réalité, ils s'appellent Cheung Tai Leung, Nam Luen Kwong ou Sai Yee Choi, c'est ce qui figure sur leur patente. Ils prennent un prénom anglais parce que ça facilite leur business surtout quand ils traitent avec nous les occidentaux et notre mémoire d'oiseau.
"Hello Victor, can I visit an appartment in Happy Valley?
- Of course Oliver, you can"
Oliver? Quelle horreur !!
La prononciation de mon prénom à la française leur pose beaucoup de problèmes. J'insiste, je passe du temps avec eux, je me permets de les reprendre mais au bout du compte, Oliver revient toujours, plus simple, plus anglo saxon. Il faudrait que je pense à le faire officialiser sur ma carte de visite un jour ou l'autre.

[ _religion_18mar07 ]

Vous vous souvenez de D. ? (cf. [ _religion_07fev07 ] ). La suspiscion à son sujet est devenue intolérable, il fallait que cela cesse. J'ai longtemps hésité avant d'aller lui parler, je craignais qu'il ne comprenne pas ma démarche, qu'il me dise tout simplement de m'occuper de mes oignons. Et puis je me suis quand même lancé, bien m'en a pris, il s'agissait d'un malentendu. L'explication est toute bête. D. s'est trouvé sans rasoir pendant une semaine, et il a reçu des compliments quant à son nouveau look. Une question d'esthétique donc.

[ _religion_09mar07 ]

Ca ne m'avait pas frappé plus que ça. J'avais juste noté que c'était la première fois qu'un chauffeur de taxi me serrait la main avant de me délester de mes bagages pour les placer dans le coffre, c'est tout. A ma décharge, il y avait cette journée harassante, loin d'être finie et à venir, son lot d'embouteillages, de klaxons, de gens pressés. Et puis très rapidement, des faits. Est-ce le coeur en tissu rouge soyeux, accroché au rétroviseur sur lequel était brodé "le prophète t'aime !, le prophète t'aime !" qui me fit sortir de ma léthargie? Ou bien cette odeur "cheap" de détergent au citron qui embaumait tout l'habitacle, probablement libérée par un sapin en plastique collé sur la boîte à gant? Ou encore était-ce cette pseudo musique d'ascenseur qui passait au poste, relancée par les injonctions du chanteur "Dieu est vivant" à chaque fois qu'elle semblait faillir, musique que j'aurais raillée en d'autres temps, d'autres lieux pour sa pauvre rythmique mais qui révélait ce jour une sincérité et une profondeur bien au delà des notes? Un ensemble peut-être. Je ne vis pas venir le coup de grâce. Rétrospectivement, je crois d'ailleurs n'avoir rien fait pour l'éviter. Le chauffeur me l'asséna à un moment particulièrement propice lorsque, me surprenant légèrement affalé sur la banquette arrière en cuir, dans un état contemplatif face à ce monde extérieur hostile qui m'entourait, il me posa la question suivante directe, franche : "Tout va bien Monsieur"? Effectivement, tout allait très bien à ce moment là. Par un décompte que je ne m’explique toujours pas – surplus de bagages, service VIP,… que sais-je? -, la course m’est revenue le double de ce que j’aurais dû payer. Un surcoût dérisoire pour une foi redorée.

[ _travail_05mar07 ]

On peut dire sans trop s'avancer que M. gagne bien sa vie. Il n'en fait pas mystère d'ailleurs. Il suffit d’être un peu manipulateur pour lui soutirer sans trop lutter le montant de sa dernière prime. Une personne extérieure au domaine d’activité trouverait ça indécent. Pas moi. Il le mérite, tout simplement. Il aurait bien aimé qu’on poursuive cette discussion pour m’expliquer pourquoi il envisage sereinement une retraite à 35 ans. Mais pas là. Pas le temps. Il lui reste à peine une heure pour acheter son billet de loto pour la super cagnotte de ce soir.

[ _culture_28fev07 ]

1ère partie de soirée, toute fin d'une série TV à grand succès.
Lorsque J.R. constata que S.E. l’avait trompé sur la quantité de whisky qu’elle avait ingurgité dans cette ville du Sud des Etats-Unis, il fit la promesse solennelle devant témoin qu’il allait régler son compte à ce revendeur d’alcool frelaté. Sa famille qui avait jusqu’à présent toujours été son plus fidèle appui l’implora de revenir sur cette décision prise à l’emporte pièce. En vain. Il ouvrit la boîte à gant de son gros véhicule pour en sortir un calibre 38, chargé jusqu'à la gueule. Un gros plan sur son sourire narquois ne laissait pas planer l'ombre d'un doute quant à sa détermination. Générique.
...
O. éteignit le téléviseur d'un mouvement de rage, furieux contre lui même de s'être laissé volé une heure de son temps précieux par cette m.... Il s'empressa de se mettre au lit avec un bon bouquin certainement dans l'espoir de rattraper le temps perdu. Il prit néanmoins le soin de vérifier dans son agenda que sa soirée de la semaine prochaine était libre.

[ _voyage_20fev07 ]

Ce pays se targue d'avoir un taux de chômage parmi les plus faibles au monde. Les économistes l'expliquent par une flexibilité du travail importante et par un parti pris du gouvernement concernant l'innovation. J'ajouterai que ce pays offre des emplois qu'on ne trouve pas ailleurs, la preuve... A l'intersection de deux rues marchandes, un homme - sandwich ?? - porte à bout de bras une lourde pancarte en forme de flèche mentionnant une vente discount de chaussures de sport. Quand? Aujourd'hui de 10h à 12h. Où? Il n'y a qu'à suivre la flèche. Sauf que son patron aurait dû l'avertir qu'un avis de grand vent avait été émis pour toute la région et que ses conditions de travail s'en trouveraient sensiblement modifiées. Au calvaire physique enduré par ce jeune homme viennent s'ajouter les remontrances de quelques passants - vraisemblablement déboussolés, mais surtout à l'affût de bonnes affaires - réclamant un peu plus de tenue : c'est sérieux, il y a de l'argent en jeu tout de même !!

[ _société_14fev07 ]

Cette année, c'est décidé, Valentine et son Valentin se sont juré de ne pas cautionner ce délire mercantile qui entoure la fête des amoureux. Restaurants bondés et surtaxés, bagues "finement plaqué or", cravates fantaisie, basta! Pas un sou dépensé pour cette arnaque! De toute façon chez eux, l'amour, c'est tous les jours, pas besoin d'une date spécifique pour ça. Le 14 février au soir pourtant, le nombre hallucinant de roses, orchidées et autres bouquets qu'elle recense sur le chemin de la maison lui laisse entrevoir un terrible malentendu : et s'il considérait que le boycott s'appliquait aussi aux fleurs?

[ _rencontre_12fev07 ]

R., veuf, issu du milieu rural, reste sceptique lorsqu'une agence de rencontres internet lui promet de refaire sa vie en quelques clics seulement, mais se réfère au vieil adage "Qui ne tente rien n'a rien" pour se laisser convaincre. Pour le premier contact, il se rend dans les locaux informatiques de cette société en costume cravate et rasé de près.
...
Mais attention !! Que les gens de la ville ne se marrent pas trop vite !! Il sait très bien de quelles souris on parle ici et peut citer d'autres systèmes d'exploitation que sa ferme! C'est simplement une question de respect, on lui a toujours appris à soigner sa présentation quelles que soient les circonstances.

[ _religion_07fev07 ]

De l’avis de tous, D. est une personne formidable. Tous louent sa gentillesse et sa disponibilité, certains disent même que c’est la personne la plus serviable qu’ils aient jamais rencontrée. Depuis quelques semaines, il semble que des choses aient changé dans sa vie. Personne n’a à se plaindre d’une quelconque saute d’humeur, ou d’une remarque déplacée, rien de tout cela. C’est cette barbe de plus en plus longue et de plus en plus fournie qui inquiète.

[ _culture_05fev07 ]

Lorsqu'il est au boulot, Y. sifflote. Peut être pour se détendre, ou alors de manière complètement mécanique. Peu importe. Il sifflote et il chantonne aussi. Au boulot, il y a des gens qui aiment, d'autres qui n'aiment pas. Moi je fais partie de ceux qui pensent que ça met de la bonne humeur au bureau. D'autant qu'il a carrément bon goût en musique - en fringues aussi d'ailleurs, même s'il ose parfois des trucs bizarres comme ces chemises rose-jaune pastels près du corps, je leur ai déjà dit aux autres, le fait qu'il ait déjà 3 gamins lève toute ambiguité -. Grâce à lui, on revisite de grands standards, de jazz, de bossa nova et des sons plus actuels aussi. Il peut même se permettre des trucs incroyables, genre Led Zep, où la voix doit monter très haut perchée dans les aigus, ce qui n'est pas donné à tout le monde entre nous soit dit. Quand il est d'humeur chantante, un de nos jeux préférés est de siffloter les premières notes, et hop, il reprend derrière avec les paroles, l'intonation et tout et tout, ça marche quasiment à chaque fois. C'est bon enfant, si ça se trouve, il est même conscient qu'on le manipule. C'est la tournure que ça a pris avec A. qui me dérange un peu. Lui, il est plus vicieux, il a envie de blesser, ça se voit. D'ailleurs, il nous a juré qu'avant la fin de l'année, il lui ferait chanter "Cherchez le garçon" de Taxi Girl.

[ _société_31jan07 ]

A. jongle avec les chiffres du matin au soir comme personne. Pour faire simple, on peut dire que c'est une sorte de comptable qui équilibre des balances, qui contrôle des budgets. Depuis bientôt 10 ans qu'elle travaille, il n'y a vraiment que Mozart et la grande musique qui lui ont permis d'endurer ces deux heures quotidiennes de trajet en transport en commun. Néanmoins, elle ne se déplace jamais sans une grille de sudoku niveau difficile à portée de main au cas où.

[ _culture_26jan07 ]

Entendu, salle 3 de l'exposition consacré à K., au sujet de ses monochromes grand format : "My 4 year old son can make it ".
A la salle 8 de la même exposition, des textes et des photographies relatent une célèbre performance de l'artiste censée étayer son discours sur le vide et l'immatériel : on le voit se jeter du haut d'un immeuble, sans parachute et sans filet, tout sourire aux lèvres. Mon état contemplatif passé, je cherche désespérément du regard mon fameux critique anglophone s'il lui venait l'envie de commenter d'éventuels exploits de sa famille, mais la foule est trop dense.

[ _sport_21jan07 ]


Pas de match ce soir. Quelqu'un a laissé à notre attention le message "EN GREVE" sur la grille cadenassée du stade. Bien qu'abasourdis, nous recouvrons très vite nos esprits pour nous diriger naturellement vers le bar le plus proche. Nous y restons très exactement le temps qu'il faut à un match de football pour se dérouler, 3ème mi-temps comprise. Des bières. Nous nous séparons en ayant convenu au préalable d'une version commune des faits - victoire 3-0, match peu éprouvant physiquement - au cas où des comptes nous seraient demandés, au cas où des informations seraient recoupées.

Extrait de "l'équipe réserve", de B. Sion et O. Forcet

[ _mode_18jan07 ]

Du jamais vu !! J. vient de se voir voler - le mot n'est pas trop fort - un "petit haut trop mignon" soldé à 50%, au vu et au su de tous, en pleine séance d'essayage !! Furieuse, elle promet au magasin tout entier que ça ne se passera pas comme ça. Voyez plutôt : pour son coup de coeur suivant - un joli pantalon en flanelle -, elle s'empare de toutes les tailles du modèle, du S au XL, dans plusieurs coloris si possible et se dirige d'un pas décidé vers les cabines d'essayage. Un vigile tente de lui en bloquer l'accès. Il lui rappelle que seulement 3 articles sont autorisés. "Pas en temps de guerre" lui rétorque-t-elle en forçant le passage.

[ _santé_11jan07 ]

C. est convié à un dîner ce soir. Ses hôtes sont des gens charmants, très sympas, très accueillants, là n'est pas le problème. Son appréhension vient de sa profession de médecin qui lui colle sans cesse aux basques et ne lui laisse aucun répit. Il sait qu'avant même l'apéro, il aura ausculté des amygdales, examiné des plaques d'eczéma. Et peut être même diagnostiqué une otite dans l'oreille purulente du labrador.

[ se décline selon la profession : un professeur et des devoirs, un garagiste et des voitures, un informaticien et des imprimantes... ]

[ _écologie_07jan07 ]

Helmut est allemand. L’avenir en cette époque tourmentée lui parait bien sombre. Ce qui le préoccupe au plus haut point, c’est la faible place qu’accordent nos politiciens à l’écologie. Il pense qu’au rythme effréné où vont les choses, il n’y aura plus d’eau pour nos enfants, plus de saison non plus. Il se rappelle qu’il allait à l’école en ski quand il était gamin. Alors un mois de janvier aussi chaud que celui que nous vivons en ce moment le déprime. Il y a aussi autre chose qui l'effraie…les chinois.

[ _famille_05jan07 ]

Souhaiter la bonne année à Mamie, c'est toujours un moment joyeux qu'on attend et auquel on se prépare. Aujourd'hui, pourtant, il semble que quelque chose ait changé, l'ambiance est pesante. Elle, si coquette d'habitude, nous reçoit à peine habillée. Le volume du téléviseur doit rester au max, elle veut pouvoir suivre la fin du programme, on s'entend à peine parler. Tout est prétexte à bougonnerie : les petits Lu qui aujourd'hui font exprès de sortir en miettes du paquet, les gamins qui jouent sur sa descente de lit et ne remettent rien en place, on ne peut rien avoir de beau ici, c'est pas possible! Qu'est ce qui ne va pas Mamie? Rien, rien ne va. Elle nous avoue assez rapidement qu'elle en a marre. Marre de quoi? De tout, c'est tout. Il faut vite faire diversion. La météo? C'est la saison des rhumatismes, elle ne peut pas faire un seul mouvement sans que son corps tout entier ne se manifeste, j'aurais mieux fait de me taire... Au moment précis où elle s'apprête à déchirer le papier d'emballage du cadeau que je lui tends, je comprends que même les meilleures des "500 meilleures histoires belges de Fernand F." n'y pourront rien.

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