[ _religion_09mar07 ]

Ca ne m'avait pas frappé plus que ça. J'avais juste noté que c'était la première fois qu'un chauffeur de taxi me serrait la main avant de me délester de mes bagages pour les placer dans le coffre, c'est tout. A ma décharge, il y avait cette journée harassante, loin d'être finie et à venir, son lot d'embouteillages, de klaxons, de gens pressés. Et puis très rapidement, des faits. Est-ce le coeur en tissu rouge soyeux, accroché au rétroviseur sur lequel était brodé "le prophète t'aime !, le prophète t'aime !" qui me fit sortir de ma léthargie? Ou bien cette odeur "cheap" de détergent au citron qui embaumait tout l'habitacle, probablement libérée par un sapin en plastique collé sur la boîte à gant? Ou encore était-ce cette pseudo musique d'ascenseur qui passait au poste, relancée par les injonctions du chanteur "Dieu est vivant" à chaque fois qu'elle semblait faillir, musique que j'aurais raillée en d'autres temps, d'autres lieux pour sa pauvre rythmique mais qui révélait ce jour une sincérité et une profondeur bien au delà des notes? Un ensemble peut-être. Je ne vis pas venir le coup de grâce. Rétrospectivement, je crois d'ailleurs n'avoir rien fait pour l'éviter. Le chauffeur me l'asséna à un moment particulièrement propice lorsque, me surprenant légèrement affalé sur la banquette arrière en cuir, dans un état contemplatif face à ce monde extérieur hostile qui m'entourait, il me posa la question suivante directe, franche : "Tout va bien Monsieur"? Effectivement, tout allait très bien à ce moment là. Par un décompte que je ne m’explique toujours pas – surplus de bagages, service VIP,… que sais-je? -, la course m’est revenue le double de ce que j’aurais dû payer. Un surcoût dérisoire pour une foi redorée.

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