[ _voyage_19mar07 ]

Leo est chauffeur de taxi, Victor est agent immobilier, Cherry s'occupe de l'installation des nouveaux immigrants. En fait pas exactement. Je ne conteste pas leurs qualités professionnelles, il n'y a absolument rien à redire, ils sont d'ailleurs réputés pour être très sérieux de ce côté là. Non, c'est juste que ce n'est pas leurs vrais noms. En réalité, ils s'appellent Cheung Tai Leung, Nam Luen Kwong ou Sai Yee Choi, c'est ce qui figure sur leur patente. Ils prennent un prénom anglais parce que ça facilite leur business surtout quand ils traitent avec nous les occidentaux et notre mémoire d'oiseau.
"Hello Victor, can I visit an appartment in Happy Valley?
- Of course Oliver, you can"
Oliver? Quelle horreur !!
La prononciation de mon prénom à la française leur pose beaucoup de problèmes. J'insiste, je passe du temps avec eux, je me permets de les reprendre mais au bout du compte, Oliver revient toujours, plus simple, plus anglo saxon. Il faudrait que je pense à le faire officialiser sur ma carte de visite un jour ou l'autre.

[ _religion_18mar07 ]

Vous vous souvenez de D. ? (cf. [ _religion_07fev07 ] ). La suspiscion à son sujet est devenue intolérable, il fallait que cela cesse. J'ai longtemps hésité avant d'aller lui parler, je craignais qu'il ne comprenne pas ma démarche, qu'il me dise tout simplement de m'occuper de mes oignons. Et puis je me suis quand même lancé, bien m'en a pris, il s'agissait d'un malentendu. L'explication est toute bête. D. s'est trouvé sans rasoir pendant une semaine, et il a reçu des compliments quant à son nouveau look. Une question d'esthétique donc.

[ _religion_09mar07 ]

Ca ne m'avait pas frappé plus que ça. J'avais juste noté que c'était la première fois qu'un chauffeur de taxi me serrait la main avant de me délester de mes bagages pour les placer dans le coffre, c'est tout. A ma décharge, il y avait cette journée harassante, loin d'être finie et à venir, son lot d'embouteillages, de klaxons, de gens pressés. Et puis très rapidement, des faits. Est-ce le coeur en tissu rouge soyeux, accroché au rétroviseur sur lequel était brodé "le prophète t'aime !, le prophète t'aime !" qui me fit sortir de ma léthargie? Ou bien cette odeur "cheap" de détergent au citron qui embaumait tout l'habitacle, probablement libérée par un sapin en plastique collé sur la boîte à gant? Ou encore était-ce cette pseudo musique d'ascenseur qui passait au poste, relancée par les injonctions du chanteur "Dieu est vivant" à chaque fois qu'elle semblait faillir, musique que j'aurais raillée en d'autres temps, d'autres lieux pour sa pauvre rythmique mais qui révélait ce jour une sincérité et une profondeur bien au delà des notes? Un ensemble peut-être. Je ne vis pas venir le coup de grâce. Rétrospectivement, je crois d'ailleurs n'avoir rien fait pour l'éviter. Le chauffeur me l'asséna à un moment particulièrement propice lorsque, me surprenant légèrement affalé sur la banquette arrière en cuir, dans un état contemplatif face à ce monde extérieur hostile qui m'entourait, il me posa la question suivante directe, franche : "Tout va bien Monsieur"? Effectivement, tout allait très bien à ce moment là. Par un décompte que je ne m’explique toujours pas – surplus de bagages, service VIP,… que sais-je? -, la course m’est revenue le double de ce que j’aurais dû payer. Un surcoût dérisoire pour une foi redorée.

[ _travail_05mar07 ]

On peut dire sans trop s'avancer que M. gagne bien sa vie. Il n'en fait pas mystère d'ailleurs. Il suffit d’être un peu manipulateur pour lui soutirer sans trop lutter le montant de sa dernière prime. Une personne extérieure au domaine d’activité trouverait ça indécent. Pas moi. Il le mérite, tout simplement. Il aurait bien aimé qu’on poursuive cette discussion pour m’expliquer pourquoi il envisage sereinement une retraite à 35 ans. Mais pas là. Pas le temps. Il lui reste à peine une heure pour acheter son billet de loto pour la super cagnotte de ce soir.

[ _culture_28fev07 ]

1ère partie de soirée, toute fin d'une série TV à grand succès.
Lorsque J.R. constata que S.E. l’avait trompé sur la quantité de whisky qu’elle avait ingurgité dans cette ville du Sud des Etats-Unis, il fit la promesse solennelle devant témoin qu’il allait régler son compte à ce revendeur d’alcool frelaté. Sa famille qui avait jusqu’à présent toujours été son plus fidèle appui l’implora de revenir sur cette décision prise à l’emporte pièce. En vain. Il ouvrit la boîte à gant de son gros véhicule pour en sortir un calibre 38, chargé jusqu'à la gueule. Un gros plan sur son sourire narquois ne laissait pas planer l'ombre d'un doute quant à sa détermination. Générique.
...
O. éteignit le téléviseur d'un mouvement de rage, furieux contre lui même de s'être laissé volé une heure de son temps précieux par cette m.... Il s'empressa de se mettre au lit avec un bon bouquin certainement dans l'espoir de rattraper le temps perdu. Il prit néanmoins le soin de vérifier dans son agenda que sa soirée de la semaine prochaine était libre.

Site Meter